Le passage à l’âge adulte se traduit par de nombreux événements importants qui impactent notre futur. L’avenir devient plus préoccupant, nous ne pouvons plus vivre dans l’insouciance. Il faut planifier, gérer ses ressources, affronter la dure réalité et être confronté à ses responsabilités.
Un premier événement vient perturber ma vie millavois peu après le semi marathon, je laisse partir petit à petit Cyril, mon rythme cardiaque comme à s’élever, je réduis mon allure afin de ne pas accumuler l’acide lactique. Je respecte ma stratégie de course, la journée sera longue, il faut penser à l’avenir, accepter les séparations, tracer son propre chemin.

A partir du semi la course devient plus dure, le soleil est au zénith, la chaleur comme à me peser. Tous les coureurs cherchent à courir à l’ombre. La route change de profil, les montées et les descentes se succèdent. Je suis obligé de faire plus d’effort pour maintenir mon allure, je m’arrête plus longuement aux ravitaillements.
Quelques coureurs plaisantent sur mon dossard « Courir pour un futur meilleure » pour Aide et Action : « Vu la situation économique actuelle, l’avenir ne sera pas meilleur » mais dans la vie comme en course à pied, il faut persévérer, être patient, ne pas abandonner, être optimiste et croire dans un avenir meilleur.
J’ai mis 1h11 pour effectuer les kilomètres du 20ème au 30ème. J'atteins le semi au bout de 2h30 de course. Tout est parfait jusqu'ici.
L'âge de la maturité
Comme dans la vie nous avons l'impression que l’enfance se déroule lentement, nous avons beaucoup de souvenir de l’enfance, l’adolescence semble passer rapidement, l’âge adulte également.
La jeunesse commence à être loin derrière moi, ma force et mon énergie sont de moins en moins débordants, je me concentre sur mes foulées, sur mes sensations afin d’affronter sereinement les hauts et les bas. La boucle du marathon n'est si plate que ça.
Les ravitaillements ne me suffisent plus à étancher ma soif, j’ai recours à mon bidon d’eau que Gilles prend soin à le remplir à chaque pause ou point d’eau. Je poursuis tranquillement ma route, à mon allure d'ultramarathonien, je ne rencontre point le mur entre le 30ème et 35ème km et je ne souffre point de la chaleur. Au fur et à mesure que nous approchons de Millau, les spectateurs sont de plus en plus présents, leurs encouragements, leurs soutiens font du bien moralement. Pour ne pas inquiéter mes proches, depuis le début, je préviens de temps en temps ma femme par SMS ou par un appel rapide de mon temps en retours elle m’envoie des messages de soutien. La dureté de la vie est amoindrie par l’entraide, l’amitié, la solidarité et l’amour.
A l’approche du marathon, sur l’avenue Jean Jaurès nous croisons les coureurs qui partent pour attaquer la deuxième et terrible boucle. Nous apercevons Cyril, nous nous encourageons. Les aléas de la vie éloignent physiquement mais les liens d’amitié demeurent et n'ont pas de limite dans l’espace temps.
Arrivé au Parc de la Victoire, les marathoniens savourent leurs victoires, cela me rappelle mon premier marathon où j’ai rejoins le royaume de Philipiddès épuisé, vidé mais heureux. J’ai mis cette fois-ci 5h pour effectuer le marathon, même à cette allure je suis tout de même épuisé, je suis plus fatigué que ce que j’avais prévu, c’est de mauvais augure pour la suite …
Je suis maintenant arrivé à la moitié de ma vie, je me donne du repos afin de profiter un peu des plaisirs de la vie. Je mange un peu dans la salle des fêtes puis je m’installe sur une chaise, je prend le temps de changer de chaussette, de masser mes pieds puis je me dirige vers la salle de soin pour me faire masser les jambes. Mon arrêt au marathon a durée environ 20 min, je me sens revigoré, même si c’est un peu dur pour les jambes de repartir. Je me sens bien mentalement mais je suis tout de même préoccupé par mes jambes. Mon espoir de faire moins de 12h reste intact. Mais vu de l'extérieur, c'est impossible, la deuxième partie sera plus beaucoup plus dure que la première.
Il est 15h20, je retrouve Gilles à l’entrée du Parc de la Victoire qui observe avec émerveillement l’arrivée des marathoniens, nous partons pour la partie qui fait la légende de Millau et qui marque le monde inconnu pour moi, je n’ai encore jamais couru au-delà de 42,195 km en course.
Une montée tranquille
Courir dans Millau est pénible avec la circulation, mais quelques centaines de mètres plus loin. Quelques minutes après Creissels nous commençons à percevoir le viaduc de Millau. La vue du viaduc de Millau annonce la première difficulté.

J’attaque la montée vers le viaduc à une bonne allure avec peu de marche, la majorité de coureurs marchent, j’arrive à courir en faisant de petits pas, j’ai même pu filmer Gilles pendant quelques instants. Le paysage est merveilleux. Au sommet de la montée nous nous retrouvons en sous du viaduc de Millau, c’est gigantesque, « waow » ! Les lignes sont pures, sans fioritures, les pylônes sont immenses. Je m'attarde pas pour contempler l'architecture, aussitôt arrivé, aussitôt reparti.
Lors de la montée, mon rythme cardiaque est assez élevé mais je me sens bien. J’ai mis 1h30 pour effectuer les 10km entre le 40ème et le 50ème, en enlevant les 20 min de repos au marathon mon allure est assez stable. J’ai bouclé les premiers 50km en 6h20. Mais plus je m’avance dans le bourbier de Millau, plus je perds du terrain par rapport à mon espoir de finir en moins de 12h.
Le retour du bâton
La descente sous le viaduc de Millau est exigeante pour les jambes, monter ne requiert qu’une bonne condition cardio-respiratoire mais descendre requiert en plus une souplesse musculaire, ligamentaire et tendineuse. Les jambes jouent le rôle d’amortisseurs, à chaque foulée il faut encaisser l’onde de choc, après 50 km, mes jambes sont moins souples, mes pas résonnent lourdement sur le bitume. Je n’ai pas effectué d’entraînement en pente et j’en paie le prix.
Lorsqu’on arrive au ravitaillement St Georges de Luzençon (53ème km), il y a du monde au point de massage, je décide de m’auto-masser avec de la crème chauffante. En repartant, je commence à sentir les orteils, mes chaussures sont un peu étroits et je sens l’effet des toxines qui s’accumule dans mes jambes, c’est dur de faire repartir les jambes. Je dépasse à peine la moitié de la course et je commence à sentir des picotements aux quadriceps et à avoir mal aux orteils, mes chaussures sont trop juste à pied.
Peu après le 55ème km dans la portion la plus plate de la montée vers Tiergues, j’ai connu une défaillance, j’ai du mal à courir, j’ai faim, mes jambes ne veulent plus avancer. Heureusement qu’il y a un point de ravitaillement avec des sonos à fond, et là j’ai avalé à grande vitesse les fruits secs, les pâtes de fruits, les bananes, les oranges et les morceaux de pains avec du pâté, de la crème de roquefort puis je repars doucement afin de bien assimiler mon « repas ».
Il m’a fallu 1h33 pour parcourir les 10 km du 50ème au 60ème. Il est au alentour de 17h20. Ma défaillance et mon arrêt d'auto massage m'ont fait perdre 20 min.
Dans notre vie nous arrivons à un âge où quoi qu’on fasse, notre corps est soumis au déclin physique, les marques du temps sont de plus en plus visible, nous ne pouvons rien contre cela, il faut accepter, gérer notre capital de vitalité.
Arrivé au ravitaillement de St Rome de Cernon, j’effectue une nouvelle fois un long arrêt avec massage, pour préparer mes quadriceps et mes mollets à affronter la montée vers Tiergues. Une petite anecdote culinaire : à partir de là nous avons de la soupe lors des ravitaillements.
La montée vers Tiergues est longue, elle semble être interminable, les pentes se succèdent en serpentin. J’utilise la méthode cardio, je marche quand mon rythme cardiaque est entre 160-165 puls/min quand il redescend vers 150-155 puls/min je cours à nouveau. Cette méthode ainsi que la méthode Cyrano permet en partie de rompre la monotonie de la montée, on est davantage concentré sur nos sensations et le temps semble avancer plus vite. Après les efforts de la montée, le réconfort au ravitaillement de Tiergues, je fais de nouveau un arrêt massage, repartir après les arrêts massages devient pour moi de plus en plus pénible.
Après la montée, il n’y a pas de répit possible, il faut affronter le dénivelé dans l’autre sens pour aller vers St Affrique. Pour moi la descente après le viaduc de Millau était pénible alors pour aller à St Affrique …
Descendre fait mal aux jambes, mais penser au repos et au long massage à St Affrique me motive, à quelques kilomètres de St Affrique nous recroisons Cyril qui remonte vers Millau, il a l’air d’aller bien, on s’encourage de nouveau. Au fur à mesure que nous avançons vers St Affrique la nuit, la chaleur, la motivation tombe mais l’espoir du repos me fait avancer. Nous atteignons St Affrique avant la nuit, cela fait du bien au moral.
Les kilomètres du 60ème au 70ème sont effectués en 1h47, les deux arrêts massages ont pris beaucoup de temps. Arrivé au 70ème j’ai une certitude que je finirai la course, il est impensable d’abandonner à 30km de l’arrivée. La nuit commence à tomber il est 19h40 quand je dépasse 70km. Il n'y a pas de plat, de répit à Millau, soit on monte, soit on descend ou soit on s'arrête au ravitaillement.
Une nouvelle course commence
La salle de repos à St Affrique ressemble à un camp de soin dans les films de guerre, des coureurs sont allongés sur les tables, les kinés et les ostéopathes s’affairent autour pour panser les plaies, masser les jambes endolories. Place maintenant à l’épisode « Il faut sauver le soldat K’koud », je m’allonge sur une table, le kiné essaie de réparer mes jambes avec un long massage des quadriceps puis des mollets. Puis je prend le temps d’épingler mon dossard sur mon t-shirt longue manche rouge porté lors du marathon, pour Gilles ce tshirt me donnera du punch, je serai un nouveau coureur. Ensuite je change de chaussette, je masse mes pieds avec la crème Nok et avant de rejoindre Gilles, j’avale quelques gobelets de soupe et quelques morceaux de pains, de fruits secs ... Je suis de nouveau prêt à aller affronter les terribles pentes de Millau.
Lorsque je suis sorti de la salle des fêtes de St Affrique, il est 20h20, la nuit s’est définitivement installée sur la course, il me reste moins de 30 km à faire, 3 fois 10km ou une sortie longue. Malgré mes jambes douloureuses je me sens bien, le repos m’a rajeuni, m'a vivifié. Gilles m’a prévenu que le meneur d’allure de 15h est déjà sur la route depuis lontemps. Je dis alors à Gilles : « Je peux arriver avant minuit, c’est faisable ! », il me répondit : « Ca va être dur, mais c’est jouable ». Si je cours à l’allure de 1h10 pour 10km, je peux arriver avant minuit => 3x1h10 => 3h30 => à 23h50 j’arrive. J’attache ma lampe frontale et pars à l’assaut de la montée vers Tiergues. Je suis resté près de 40 min au ravitaillement de St Affrique, une éternité pour une épreuve sportive !
Animé de cet esprit combatif, je ne ressens plus les douleurs aux jambes. Je me répète dans ma tête : « Je peux le faire ! Je vais arriver ! ». L’air est frais, mes jambes fonctionnent bien, quelques minutes après St Affrique nous dépassons le meneur d’allure de 15h, pour me motiver à garder une allure convenable, je me fixe comme objectif de rejoindre puis de dépasser les coureurs devant moi, ma méthode cardio fonctionne à merveille, je n’ai pas trop de mal à monter vers Tiergues, je fais un bref arrêt au ravitaillement puis je repars. Gilles m’encourage à chaque fois que je double un coureur : « C’est bien ce que tu fais ! C’est super ! Continue ! ».
Courir pendant la nuit avec une lampe frontale est une nouvelle expérience, cela donne une nouvelle dimension à la course, cela rend la course plus mystérieuse, plus aventureuse. On ne distingue que les formes montagneuses du paysage, tout est sombre excepté le faisceau lumineux crée par ma frontale. Je lève les yeux le ciel est clair, les étoiles scintillent en toile de fond. Je suis émerveillé par le cadre, je me dis « woaw ! », j’éteins par moment ma frontale, je me fond dans le paysage, dans l’obscurité, dans la nuit. De temps en temps je ferme les yeux, et je laisse flotter mes jambes, j’essaie d’être en harmonie avec environnement, de me sentir léger, d'entendre dans le silence de la nuit les battements de mon coeur et les martèlement de mes pas sur le bitume.
A 21h30 j’arrive au 80ème km, j'ai mis 1h50 pour aller du 70ème au 80ème km, si on enlève les 40 min d’arrêt à St Affrique cela me fait un rythme de 1h10 pour 10km, je suis dans le bon "timing". Encore deux fois 10 km ! A cette heure-ci nous apercevons encore des coureurs qui descendent vers St Affrique ! Ce sont des courageux, je suis admiratif, si j’étais à leur place j’aurais sûrement abandonné.
Retour à la réalité
Ma période d’euphorie a durée environ 7 km, le temps de la montée. Mes douleurs aux quadriceps, aux orteils, aux tendons derrière les genoux, aux chevilles resurgissent lors de la descente vers St Rome (83 km). J'ai impression que mes jambes sont rouillées. Je ne m’attarde pas non plus au ravitaillement, je mange un peu, j’étanche rapidement ma soif puis je repars.
La descente semble être éternel, le panneau de 85ème km tarde à venir, je commence à ressentir de la fatigue de nouveau. Vers 85km on repasse devant le stand de ravitaillement où les sonos sont à fond, là on se croit d’être dans un rêve, le ravitaillement est tellement surprenant par rapport à l'atmosphère calme et paisible de la nuit, le contraste est saisissant, la musique me revigore un peu mais elle me fait sortir petit à petit de mon euphorie de courir dans la nuit.
Les kilomètres semblent s’allonger, je commence à m’impatienter, je demande sans arrêt à Gilles quand arrive le 90ème km. A St Georges de Luzençon (88 km) nous trouvons un point de ravitaillement à l’intérieur d’une salle, je m’arrête rapidement pour avaler quelques morceaux puis me réhydrater, depuis les ravitaillements après St Affrique (70ème km) je repars avant et Gilles me rattrape sur son vélo. A 22h45 j’atteins le 90ème km. du 80ème au 90ème j'ai mis 1h15. Il me reste 1h15 avant minuit pour effectuer les 10 derniers km, je peux toujours finir avant minuit. Je suis aussi pressé que Cendrillon, je veux arriver avant minuit pour que la magie de Millau ne s’arrête pas.
J’attaque la montée vers le viaduc de Millau avec confiance, je continue de dépasser les coureurs mais la course devient coriace, la montée semble être sans fin. Mon esprit commence à se révolter, je me dis que c’est absurde de courir, après Millau j’arrête de faire les courses, je ne ferai plus de marathons, d'ultramarathons. Tous les moments difficiles vécus lors des entraînements remontent et me font rebuter, répugner de la course à pied, je pense que je n’aurai jamais la volonté, le courage de me préparer pour une course. Cependant à aucun moment je pense à abandonner, je suis si prêt de l’arrivée, je suis seulement écœuré par la course à pied. J’arrive tant bien que mal à doubler d’autres concurrents pour arriver sous le viaduc de Millau, je ne me lasse pas de la majestuosité de l’édifice mais mon esprit est davantage concentré sur les signaux douloureux de mes jambes.
Malgré plusieurs pénibles descentes je n'ai pas encore appris la leçon, en haut sous le viaduc, mon esprit me dit que le plus dur est fait, le reste n’est que de la descente courir ne demande pas d'effort. En fait le plus dur reste à faire! Depuis un certain temps, j’ai l'impression d’avoir des jambes en bois, j'ai l'impression de me balancer de droite à gauche pour courir, j'avance comme un pingouin. La descente me fait mal aux jambes, on ne fait pas d’effort pour avancer, mais c’est éprouvant, à chaque foulée on sent l’existence de ses douloureux muscles, tendons et ligaments. Je suis comme le Santiago de Heminway, je suis éreinté, érodé par le temps mais je suis toujours debout et combatif, je suis le « Veil Homme et Millau ».
Chaque foulée est un combat contre Millau, je martèle lourdement le bitume qui me renvoie instantanément l’onde de choc, mes jambes résistent, ne rompent pas ; ils encaissent les coups.
Le royaume de Hadès

Ma résistance contre Millau s’achève à la fin de la descente, soudainement, je ne peux plus courir, je dois m’arrêter, je n’arrive plus à marcher droit, je titube, mes jambes semblent ne plus répondre à ma volonté, elles ne peuvent plus me supporter, je m'adosse à un poteau et j’ai soudainement extrêmement faim. Je suis victime d’une fringale et d’une hypoglycémie. Heureusement que le ravitaillement de Gilles est encore plein, j’avale un mars ça repart pas, puis j’avale de suite trois Balisto et là je me sens un peu mieux. Je remarche petit à petit, je trottine pour arriver au dernier ravitaillement là je prend le temps de prendre quelques gobelets de soupe, des fruits secs, du pain … Repartir est toujours pénible, c’est dur de faire repartir les jambes, mais il ne reste que 4 kilomètres et j’aurai droit au repos, quatre kilomètres pour atteindre l’objectif que je me suis fixé depuis des mois.
Il fait sombre, il fait froid, je me retrouve encore une fois au royaume de Hadès accompagné de mon fidèle compagnon d’aventure Gilles. Je ne pense plus au temps, je ne pense plus à rien, je ne pense qu’à mettre un pied devant l’autre afin d’atteindre la ligne d’arrivée, chaque pas me rapproche de la délivrance, me fait sortit de l’enfer de Millau. Chaque kilomètre semble durer une éternité. Gilles m’encourage à tous les kilomètres, les passants nous applaudissent, les conducteurs klaxonnent pour nous encourager, ces encouragements font oublier un peu les jambes.
La renaissance
Depuis un certain temps, je suis dans un autre monde, plus rien ne me préoccupe, je ne pense qu’à l’arrivée, qu'au repos, les deux derniers kilomètres semblent être longs et s'étendre à l'infini; quand je me remémore de ma course, j’ai l'impression que j’ai passé des heures à courir dans les rues de Millau. Au dernier kilomètre nous commençons à croiser ceux qui ont « déjà » fini, les arrivés encouragent les arrivants, les encouragements nous ramènent petit à petit à la vie.

Au bout de l’avenue Jean Jaurès, j’aperçois le parc de la Victoire, l’arrivée est proche, le repos, la délivrance est proche. Les gens, les coureurs sur les côtés nous félicitent, je ne ressens plus de douleurs, je ne ressens plus la fatigue. Après une nouvelle errance chez Hadès, les allées illuminées m’emmènent-elles vers les Champs Elysées où les héros, les vertueux se reposent ?
A quelques mètres de l’arrivée Gilles me rejoint, nous effectuons les derniers mètres ensemble, comme lors du marathon de Paris. Grâce à son soutien, aujourd’hui j’ai pu réussir mon défi. Une nouvelle fois, l’entraide et l’amitié ont permis de surmonter toutes les difficultés, toutes les pentes de Millau.
Je n’explose pas de joie à l’arrivée, mais je savoure mon bonheur paisiblement et calmement, je sais que j’ai réussi une épreuve très éprouvante physiquement et mentalement. J’ai pu aller au-delà du supportable, je suis heureux d’avoir atteint la ligne d’arrivée, je goute à la plénitude de l’accomplissement personnel réalisé.
Il est 00h25, après 14h25 ma vie millavoise prend fin au kilomètre 100, une autre vie commence …
Pourquoi?
Revenons à la question « Pourquoi ? » posée au début, est-ce que cela vaut la peine de se fatiguer autant, de se donner autant de mal, de pousser son corps jusqu’à la limite supportable et même au-delà ? Mais courir ne ressemble pas-t-il à vivre ?
Les 100 km de Millau ne sont-ils pas une métaphore de la vie ? Les premiers km ressemblent à notre jeunesse, nous découvrons les joies de vivre de courir, nous sommes insouciant, débordant d’énergie. Puis arrive la période d’adulte où nous faisons moins d’illusions sur la vie, nous sommes plus calmes, plus responsables, nous avons toujours confiance en l’avenir, en nos capacités. Ensuite vient la vieillesse, quoi que nous faisons le temps nous rattrape, même si la volonté peut déplacer des montagnes nous sommes limités par nos capacités physiques, mais cela nous ne empêche pas d’avancer, de réaliser nos rêves.
Comme dans la vie, pendant la course nous allons de haut en bas puis de bas en haut. Comme dans la vie les moments de bonheurs peuvent côtoyer des moments moins joyeux, durs et tristes. Comme dans la vie nous pouvons être en pleine forme puis subir soudainement un accident, une défaillance. Comme dans la vie, nous avons besoin de l’entraide, de l’amitié, de la solidarité, de l’amour pour réussir. Comme dans la vie, nous avons besoin d’être persévérant pour atteindre notre objectif … Il existe d’innombrables comparaisons possibles.
La vie n’est jamais facile, tout ne déroule pas comme nous le voulons, certains moments nous ne voulons plus continuer, mais notre volonté nous permet toujours d’avancer, d’être heureux de vivre et de nous battre pour un futur meilleur. Nous vivons car la vie est belle, nous courons car la course représente la vie, même si elle est dure elle vaut la peine d'être vécu.
Epilogue
Gilles a terriblement mal au derrière après 14h sur un vélo, je suis prêt à inverser les rôles pour une prochaine édition… J’ai terminé ma course en partie grâce à lui. Cyril a effectué Millau en 12h56, nous avons réussi notre défi commun. J'ai une pensée envers les bénévoles, les coureurs, les spectateurs, je les remercie pour leur encouragements, leurs soutien et leur gentillesse. Je n'oublie pas mes amis/amies bloggeurs qui viennent des quatre coin du monde qui m'ont suivi et qui m'ont encouragé depuis ma préparation pour Millau. Nous repartons de Millau avec de formidables souvenirs et des liens d’amitiés encore plus forts.
Tout est bien qui finit bien. Et comme la nuit précédente la course, la nuit suivante a été agitée, mes jambes sont bien douloureuses et sont un peu gonflé. Notre retour s’est effectué tranquillement en avion depuis Rodez Marcillac à Paris-Orly, arrivé en bas de chez moi j’ai eu l’agréable surprise de voir que l’ascenseur ne fonctionne pas, je vous laisse imaginer la scène, moi avec une valise de 10kg et 100km dans les jambes monter les marches un à un en grimaçant. Une semaine après j'ai retrouvé l'usage de mes jambes, je n'ai que quelques bobos au niveau des orteils. Je ne garde pas de séquelles, je ne garde seulement que de souvenirs impérissables.
Mes courbes d'allure et de fréquence cardiaque :
La deuxième boucle a été un calvaire, l'état de mes jambes ne me permet pas de fonctionner mon système cardio-respiratoire à plein régime.
Comme d’habitude je sous estime toujours les difficultés d’une course, mon objectif de 12h n’est pas atteint, ni celui de minuit. Mais terminer Millau suffit à me rendre heureux quelque soit le temps. Pour être heureux jusqu'à un certain point, il faut que nous ayons souffert jusqu'au même point. (Edgar Allan Poe). Je suis tellement heureux ;-).
Les 100 km de Millau est une course magnifique, un mythe, une course à plusieurs facettes, j’ai vécu trois différentes courses : le marathon, l’ultra et la course de nuit.
Les 100 km de Millau furent une expérience riche en émotions. C’était une aventure humaine extraordinaire. Grâce à Millau j’ai pu vivre une vie bien intense à l’intérieur d’une vie, je suis ressorti grandi. Ce fut l’accomplissement d’un défi sportif et d’une histoire d’amitié inoubliable.
Mes aventures dans le monde des courses de longues distances ne font que commencer. A bientôt pour de nouveaux défis !
Comme dis
Fran :
Viviendo la vida pasar !